Click here for English version
Il songe à la retraite
«Ma famille a hâte de me retrouver à la maison»
par Jean Bouchard pour 7 Jours, 12 fevrier 2000
Depuis plusieurs années déjà Guy Carbonneau,
lancien capitaine des Canadiens, pense à accrocher
ses patins. Il semble bien que, cette fois-ci, sa décision
soit prise pour de bon, ce qui devrait faire le bonheur de toute
sa famille...
Après avoir joué pour les
Canadiens de Montréal, pour les Blues de St. Louis et,
depuis 1996, pour les Stars de Dallas, Guy Carbonneau semble finalement
déterminé à prendre sa retraite à
la fin de le présente saison. Il est donc probable que
lannée 2000 soit la dernière quil passe
à létranger avec sa femme, Line, et leurs
deux filles, Anne-Marie et Kristina, puisquils comptent
sétablir à Montréal. Anne-Marie sapprête
à venir étudier à luniversité
McGill lan prochain, et Kristina perfectionne son français
afin de faciliter sa réintégration dans le système
scolaire québécois. Quant à Line, elle est
toujours demeurée en contact avec le Québec, puisquelle
soccupe à distance de ladministration dune
firme montréalaise.
Je vais vous poser léternelle question, Guy. En avez-vous encore...
...plusieurs années? Non. Cette saison devrait être ma dernière. Mon épouse et mes enfants on hâte que je sois davantage à la maison; quant à moi, je me sens plus fatigué quavant, même si je continue daimer la compétition et la victoire. Cette année, je suis revenu au jeu seulement parce que les Stars tenaient vraiment à moi.
Quelle comparison faites-vous entre les séries éliminatoires que vous avez remportées avec les Stars en 1999 et celles que vous avez gagnées avec les Canadiens en 1986 et 1993?
Pour moi, la victoire de 1986 demeure la plus excitante, mais je trouve que celle de 1999 a été la plus méritée. Les Stars et moi avions connu une grosse saison en 1997-1998: nous avions remporté le championnat de la ligue, mais nous ne nous étions pas rendus en finale. Lannée suivante, nous avons de nouveau gagné le championnat et, cette fois, nous avons remporté la coupe Stanley.
Votre coéquipier Brett Hull semble très présent dans votre vie au Texas. À quand remonte lamitié qui vous unit?
Elle a commencé lorsque je jouais pour les Blues de St. Louis. À cette époque, jhabitais dans lancienne maison de Phil Housley, qui était située à cinq minutes de celle de Brett. Nous avons commencé à nous rendre ensemble aux entraînements tous les matins. Plus tard, je me suis joint aux Stars de Dallas. À lété 1998, Bob Gainey et Ken Hitchcock (le directeur général et lentraîneur de léquipe) qui cherchaient des joueurs autonomomes, mont demandé mon opinion sur Brett, car, selon certaines rumeurs, il était difficile à diriger. Je leur ai répondu que, une fois bien entouré, il serait très bon. Lorsquil est arrivé à Dallas, il a trouvé à son tour une maison dans le quartier où je vivais, et nous voyagons encore ensemble tous les jours.
Pensez-vous que vous resterez proche de lui après votre retraite?
Oui. Il y a des amitiés comme ca...Je vois encore Patrick Roy, avec qui jai joué à Montréal, et je crois que Brett continuera de faire partie de mon cercle damis.
Quelles differences avez-vous notées entre lattitude des spectateurs de Montréal, ceux de St. Louis, et ceux de Dallas en ce qui concerne le hockey?
Aux États-Unis, les gens considèrent davantage le hockey comme un spectacle. Ils viennent surtout pour voir de beaux jeux. Bien que la victoire de leur équipe rende leur sortie plus plaisante, ils apprécient ses efforts même si elle perd. Mais à Montréal, et au Canada en général, il faut absolument gagner. Cette espèce dobsession de la victoire est malheureuse: les gens napprécient plus le spectacle. Si léquipe perd, les gens grognent, même si les joueurs ont disputé un match extraordinaire. De plus, on critique les millions accordés en salaire aux joueurs. Pour les Américains, quun joueur gagne 200 000$ ou 7$ millions, ils considèrent que ça ne les concern pas. Ils sont bien heureux pour lui siil gagne un bon salaire.
Comme vous le savez, les partisans des Canadiens se montrent plutôt intransigeants envers leur équipe depuis quelques années. Que devraient-ils faire?
Samuser! Jai toujours cru que les joueurs donnaient un spectacle et que le public payait pour y participer. À un show rock, on chante, on danse, on sort de là à moitié sourd et, même si on a payé 100$, on est content car on a eu du fun! Cest pareil dans le monde du sport: si les gens ont du plaisir, relaxent et oublient leur stress, ils nattachent pas tellement dimportance au prix de leur billet. Assister à une partie de hockey devrait être un happening.
Revenons à des considérations plus personnelles. Lan passé, vous aves eu la douleur de perdre votre père...
Il avait été gravement malade il y a deux ans; à lépoque, il travaillait au recensement pour le gouvernement du Québec sur la Basse Côte-Nord. Il avait vu la mort de près, mais il avait bien récupéré à la suite de son opération...Son départ a donc été inattendu. Jai parlé à mon père la veille de son décès et jai perçu dans sa voix quil nallait pas bien. Il paraissait résigné. Dhabitude, quand il me parlait de hockey, il me donnait des conseils, mais, ce soir-là, il ma semblé pessimiste: «Il faut que tu gagnes la coupe cette année, parce que je nai plus beaucoups de temps...» Le lendemain, à 15 h 30, jai appris son décès.
Comment avez-vous encaissé le coup?
Dabord, je nai pas voulu y croire; jétais vraiment sous le choc. Ensuite, il a fallu que je morganise pour me rendre à Sept-Îles au plus vite. Jai fait un voyage-éclair dune journée pendant notre série contre les Oilers dEdmonton; ce nétait pas évident. Mais, dun autre côté, comme léquipe jouait encore au hockey, jai pu me concentrer sur autre chose que ma peine.
Que vous a légué votre père?
Lindépendance,
la capacité de régler mes problèmes seul.
Un bon sens de lentraide aussi. Quand quelquun avait
un problème, mon père était toujours là
pour laider. Il ma aussi appris à être
tenace et généreux, et à maintenir une bonne
entente avec tout le monde. Il ma montré que le
respect est primordial. Je respecte les gens qui mentourent
et jattends la même chose deux. On nest
pas obligé de tout aimer dans la vie, mais on ne doit pas
juger le choix des autres. Jai été élevé
comme ça et jessaie délever mes deux
filles de la même façon.
Merci à Mele Nichols de cet excellent article!
He
ponders his retirement
"My family is anxious for me to be home again"
by Jean Bouchard for 7 Jours, February 12, 2000
For the past several years, Guy Carbonneau, the former captain of the Canadiens, has thought of hanging up his skates. It seems likely that this time, his decision will be made for good, which would make his whole family happy...
After having played for the Montreal Canadiens, the St. Louis Blues and, since 1996, for the Dallas Stars, Guy Carbonneau seems finally resigned to take his retirement at the end of the present season. It is therefore probable that the year 2000 will be the last that he spends as a stranger to his wife Line, and their two daughters, Anne-Marie and Kristina, since they plan to reestablish themselves in Montreal. Anne-Marie is preparing to study at McGill University next year, and Kristina perfects her French in order to facilitate her reintegration into the Quebec school system. As for Line, she has always remained in contact with Quebec, since she has worked, from a distance, in an administrative position with a Montreal firm.
Im going to pose the eternal question, Guy. Do you still have left...
...More years? No. This season should be my last. My wife and my children are anxious to have me more at home; as for me, I feel more tired than before, even if I continue to love competition and winning. This year, I returned to the game only because the Stars wanted me back very much.
What comparison would you make between the finals you played with the Stars in 1999 and those you won with the Canadiens in 1986 and 1993?
For me, the win in 1986 remains the most exciting, but I find the one in 1999 was the most deserved. The Stars and I had known a long season in 1997-1998: we won the league championship, but we were not able to prevail at the end. The following year, we had once again won the championship, and that time, we won the Stanley Cup.
Your teammate Brett Hull seems very much involved in your life in Texas. What is the story of your friendship?
It began when I played for the St. Louis Blues. At that time, I lived in what had been Phil Housleys house, which was situated five minutes from Bretts. We started driving together to practice every morning. Later, I joined the Dallas Stars. In the summer of 1998, Bob Gainey and Ken Hitchcock (the general manager and coach of the team), who were looking at free agents, asked me my opinion of Brett, because according to certain rumors, he was difficult to coach. I answered them that, once he had settled in, he would be very good. After he arrived in Dallas, he in turn found a house in the neighborhood where I lived, and we travel together every day.
Do you think you will remain close after your retirement?
Yes. There are friendships like that...I still see Patrick Roy, with whom I played in Montreal, and I believe Brett will continue to be part of my circle of friends.
What differences have you noticed between the attitude of spectators in Montreal, those in St. Louis, and those in Dallas, concerning hockey?
In the United States, people consider hockey more like a show. They come to see the beautiful plays. Although a win by their team makes the activity more pleasant, they appreciate the effort if even it loses. But in Montreal, and in Canada in general, it is absolutely necessary to win. This type of obsession with winning is a shame: people no longer appreciate the show. If the team loses, people grumble, even if the players have fought an extraordinary match. Also, we criticize the millions in salary given to players. For Americans, if a player earns $200,000 or $7 million, they figure it doesnt concern them. They are happy for him if he earns a good salary.
As you know, over the past few years, the Canadiens fans have become more intransigent toward their team. What should they do?
Have fun! I have always believed that the players put on a show and the public pays to participate in it. At a rock concert, you sing, you dance, you leave there half deaf, and if you payed $100, you are content because you had fun! Its the same in the world of sports: if people have a good time, relax, and forget their stress, they dont attach so much importance to the price of their ticket. To attend a hockey game should be a happening.
Lets return to more personal considerations. Last year, you had the sad experience of losing your father...
He had been seriously ill for two years; at that time, he was working for the census for the Quebec government in the Basse Côte-Nord. He had been near death, but he was recuperating well following his operation...His departure therefore was unexpected. I spoke to my father the eve of his death and I could tell from his voice that all was not well. He seemed resigned. Usually, when he spoke to me about hockey, he gave me advice, but that evening, he seemed pessimistic to me: "You have to win the Cup this year, because I dont have much time left..." The next day, at 3:30, I learned of his death.
How have you coped with the blow?
At first, I didnt want to believe it; I was truly in shock. Then I had to organize myself to go quickly to Sept-Îles. I made a lightning-quick trip of one day during our series against the Edmonton Oilers, this wasnt obvious. But, on the other hand, since the team was still playing hockey, I could concentrate on something other than my pain.
What was your fathers legacy to you?
Independence, the capacity to resolve my problems alone. Also a good sense of wanting to help others. When someone had a problem, my father was always there to help. He also taught me to be tenacious and generous, and to maintain good relationships with everyone. He showed me that respect is primordial. I respect the people who support me and I expect the same thing from them. You arent obligated to like everything in life, but you shouldnt judge the choices of others. I was raised like this and I have tried to raise my two daughters the same way.
Thanks to Mele Nichols for this excellent article!