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"Guy a eu une demi-heure pour décider"

Guy Carbonneau n’a jamais eu peur du défi. C’est pourquoi, lorsqu’il a accepté un poste derrière le banc du Canadien quelques mois seulement après avoir accroché ses patins, personne n’a été surpris. Surtout pas sa conjointe…

par Jean Bouchard avec Line Boivin
pour 7 Jours, 9 décembre 2000
mis sur le web 5 juin 2001

Lorsque Guy Carbonneau a été nommé entraîneur adjoint des Canadiens le lundi 20 novembre dernier, son retour dans l’univers du hockey, mais derrière le banc des joueurs cette fois-ci, n’a pas surpris sa femme, Line. Ils sont ensemble depuis plus de 20 ans, et elle le connaît bien. Elle croyait cependant que ce changement surviendrait un peu plu tard. C’est que ce revirement précipité a eu lieu quelques mois seulement après que Guy eut accepté un poste visant à aider le développement des jeunes joueurs et lui permettant de passer plus de temps avec sa famille. Line Boivin a pres le parti de rire. Cette femme d’affaires mature ne s’étonne de rien. Elle a deux regrets toutefois: sa planification du temps des fêtes se trouve chambardée, et sa petite fille, Kristina, qui aime bien voir son père plus souvent à la maison, va être un peu décue…

Line & GuyQ: Line, comment abordez-vous ce nouveau virage dans la carrière de votre mari?

A: Je crois que Guy sera heureux dans son nouveau rôle. Il sera plus proche de la patinoire et de l’action. Il me semble que ça lui manquait. C’est un beau défi. Il a l’air excité.

Q: Pourtant, l’été dernier, il était content que son nouveau travail lui demande de voyager moins. Il faut dire qu’il avait consacré une vingtaine d’années au hockey professionnel…

A: Moi aussi, j’avais compris ça; c’est ce que Guy m’avait expliqué…(rires) Je ne peux pas donner les raisons de son revirement. Il m’avait dit souhaiter passer davantage de temps à la maison, et je trouvais ça bien fin de sa part. (rires)

Q: Avez-vous eu l’occasion de discuter avant qu’il prenne sa décision?

A: Pas vraiment. Ça s’est fait rapidement. Dans le monde du hockey, on n’a souvent qu’une demi-heure pour penser à une proposition. Une demi-heure de réflexion, c’est quand même assez long! (rires) Je me souviens du jour où Guy a été repêcher par les Stars de Dallas, lors du ballottage du mois d’octobre. Il m’avait téléphoné pour me dire: "Line, Dallas est intéressé par moi, mais à la condition que j’accepté une diminution de salaire par rapport à celui que St. Louis me paie. J’ai deux minutes pour prendre ma décision. Qu’en penses-tu?" Ah bon! C’est le fun, deux minutes! C’est pas mal de temps pour décider de son sort. Donc, nous avons été chanceux cette fois-ci: nous avons eu droit à une demi-heure! J’ai trouvé ça long. (rires) J’exagère un peu, mais à peine. Je m’habitue.

Q: Guy voit-il ce nouveau défi avec optimisme?

A: Évidemment. Il n’est pas du genre à se compliquer la vie et à regarder trop loin devant. Il y va étape par étape, au jour le jour, un match à la fois.

Q: De votre côté, êtes-vous inquiète de le voir s’embarquer dans un défi pareil?

A: Non. Nous avons déjà vécu la gloire et l’échec ici, à Montréal. J’ai confiance; ça ira bien.

Q: Pourtant, la "glissade" des Canadiens ces dernières années est troublante. Nous semblons nous enliser; nous n’avons pas vraiment un avenir très prometteur…

A: Je ne peux pas répondre à ça; je n’ai pas regardé assez de matches pour me fair une opinion. Je sais seulement que la direction des Canadiens croit avoir en main une équipe qui mérite mieux que las dernière position du classement de la Ligue national.

Q: Il va falloir s’armer de patience; Guy en a-til?

A: Oui. Il est très patient. Et il ne panique pas. De plus, il est persévérant et c’est un excellent professeur. J’ai toujours dit qu’il avait les qualités d’un entraîneur. Il pensait qu’il était tanné de voyager et qu’il allait prendrer une couple d’années de pause…Mais sa volte-face rapide me fait rire et ne m’étonne pas vraiment.

Q: Comment réagissait-il quand vous prédisiez qu’il aurait une carrière d’entraîneur?

A: Il riait de moi. Honnêtement, je ne croyais pas que ça ferait si vite. Je lui donnais une couple d’années, pas deux mois! La seule chose qui m’embête pour l’instant, c’est qu’il sera parti pour le temps des fêtes. Nous avions planifié de passer nos vacances de Noël en famille, au Texas, chez notre fille Anne-Marie, du 16 décembre au 2 janvier. Mais les Canadiens partent en voyage du 26 décembre au 6 janvier. S’il le peut, Guy viendra nous rejoinder les 24 et 25 décembre.

Q: Au fait, comment se passé votre separation d’avec Anne-Marie?

A: Ça va mieux. Avec le temps, je m’y habitué. Je suis allée la voir en octrobre et le 11 novembre, quand les Stars de Dallas ont fêté quelques-uns de leurs joueurs ayant récemment pris leur retraite, donc Brian Skrudland, Craig Ludwig et Guy. Anne-Marie est venue nous visiter pour la Thanksgiving (l’Action de Grâces américaine), du 22 au 25 novembre; elle a profité du fait que son chum (le jeune joueur des Stars de Dallas Brenden Morrow) est parti sur la route avec son équipe. Je la retrouverai de nouveau le 16 décembre. Son éloignement est plus facile à accepter quand je ne passe pas de longues périodes sans la voir. De son côté, elle s’arrange très bien. Je crois qu’elle s’ennuie moins que moi! Ses études en administration à l’university Southern Methodist la tiennent occupée.

Q: A-t-elle été surprise de voir son père accepter un poste d’entraîneur?

A: Non. Étrangement, ça ne surprend personne. Ma fille Kristina aimait bien voir Guy plus régulièrement, mais il ne nous a pas donné le temps de nous habituer à sa présence! (rires)

Q: Aviez-vous l’impression qu’il s’ennuyait à la maison?

A: Non. Les nombreux voyages qu’il doit faire dans le cadre de son nouveau travail, ce n’est pas un point positif pour lui. Et puis, il aimait bien travailler au développement des jeunes. Il aurait pu continuer dans cette voie, mais il a choisi d’aller derrière le banc. C’est que l’expérience et de nouveaux défis l’appelaient. Nous allons nous accomoder rapidement de son nouveau rythme de vie. Bien sûr, il subit plus de pression que dans son rôle précédent, mais il ne faut pas avoir d’anticipations négatives. Guy a confiance dans les gens avec qui il travaille. Si le courant passe entre eux, ça devrait fonctionnner. Ça n’arrivera pas du jour au lendemain, nous le savons, et nous vivrons avec cetter pression additionnelle pendant un bout de temps, c’est tout.

Q: Le fait de remplacer un collèque a-t-il représenté un choix déchirant pour Guy?

A: C’est un aspect difficile de sa nouvelle carrière. Il trouve la situation malheureuse pour ceux qui partent. Nous avon déjà vécu ça. Mais nous allons nous retrouver là, nous aussi, un jour. C’est bien triste, mais…

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