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Denis Carbonneau:
La petite histoire de mon frère Guy
par Denis Carbonneau avec
Jean Bouchard
pour Montréal 7 Jours, 30 décembre 1995
monté sur le web 25 avril 2001
Guy Carbonneau n'est pas du genre à rechercher l'unanimité, comme il me le soulignait l'été dernier: "Probablement qu'une moitié des partisans du Canadien était bien contente de me voir partir, et que l'autre moitié était en désaccord." Pour ma part, j'ai toujours apprécie Carbo. Rapidement, j'ai perçu au-delà d'une certaine froideurattribuable à une timidité et à une réserve naturellesune sincérité et une honnêteté profondes. J'ai pu le confirmer encore fois, en lui rendant visite cet été, juste à la façon dont il se comportait avec ses filles. Toujours présent sans pousser, tantôt pour jouer, tantôt pour exprimer son autorité paternelle avec douceur.
Il y a deux ans, j'avais brièvement rencontré son frère Denis. De deux ans le cadet de Guy, il s'occupait de la promotion de son tournoi de golf, o'omnium de Saint-Raphaël, dont les profits sont remis à la Fondation de la recherche sure les maladies infantiles. Les deux frères se ressemblent. Quand nous nous sommes revus cet été, l'idée de cet entretien est né. Qui de mieux placé qu'un frère proche pour tracer un portait vrais et inédit? C'est ce que Denis fait ici avec son frère Guy Carbonneau.
Mon
père, Charles-Aimé, était parti de Lévis
à 23 ans pour vendre sa camionnetteune grosse Berta,
comme il l'appelaità ses deux frères, à
Sept-Îles. Il s"y est installé pour de bon.
Il y a rencontré Mary Ferguson; ils sont mariés
et ont eu cinq enfants. Aujourd'hui, Marcel a 37 ans, Guy, 35,
j'en ai 33, Anne a 32 ans et Robert, 30.
En 1960, quand Guy est né, Sept-Îles s'étendait le long de la mer et comptait environ 4 000 habitants. La ville était en effervescence; elle a atteint un sommet de 30 000 personnes au début des années 80. Nous avons grandi dans la nature. Le hockey était l'activité la plus répandue, mais la vie culturelle n'était pas très riche. Plus tard, dans la vingtaine, je me suis repris et j'ai fait de l'improvisation théâtrale. Évidemment, Guy est resté fidèle à ses premières amours, le hockey, et ça lui a mieux réussi que ma carrière théâtrale!
Une complicité frigorifique!
À Sept-Îles, on a eu une très belle jeunesse en famille et avec nos cousins, les Ferguson. Quand Guy avait environ neuf ans, mon père avait un gros camion réfrigéré pour livrer de la crème glacée. Parfois, en plein été, Guy et moi, on enfilait nos habits de ski-doo et, avec une lampe de poche, on se faufilait en cachette dans le camion pour aller manger des popsicles. On a vécu plein d'expériences inoubliables ensemble, mais il y en a eu trois en particulier qui illustrent bien la témérité de mon frère et son seuil élevé de tolérances à la douleur.
Un casse-cou malchanceux
Je ne connais pas de gars plus badlucky que mon frère Guy. Jeune, il lui arrivait toutes sortes d'aventures incroyables. Je me souviens d'un jour d'été où il faisait très chaud. Avec nos cousins, on descendait une grande côte de gravelle avec une bicyclette tellement grande qu'il fallait qu'on glisse nos jambes sous la barre horizontale. Ce n'était pas très confortable comme position, et on ne pouvait pas avoir une maîtrise parfaite du vélo. On descendait la côte à tour de rôle, chacun essayant de surpasser la performance du précédent. Plus ça allait, plus haut on montait et plus vite on descendait. Tout d'un coup, Guy nous a dit: "Je vais tous vous battre." Il est monté au point le plus haut, à environ 125 pieds, et il s'est lancé dans la côte avec un costume de bain pour toute protection, la crème solaire n'étant pas encore à la mode! En arrivant en bas à grand vitesse, le guidon vire de bord, Guy perd le contrôle de la bicyclette et prend la pire débarque qu'on puisse imaginer dans de la petite gravelle sèche. Il était grafigné à la grandeur du corps. Il porte encore des marques de cette fouille mémorable près des hanches. Quand on l'a vu planter, les cinq ou six gars, on a trouvé ça très drôle. On était crampés de rire pendant que Guy devait souffrir le martyre, mais sans trop le montrer. Il s'est relevé avec son petit sourire en coin. Ensuite, en boitant, il est allé se coucher dans le ruisseau pour refroidir ses éraflures, qui le brûlaient. Ma mère a dû le traîner de force à l'hôpital, d'où il est ressorti, semblable à une momie! On ne lui voyait que les yeux à travers les bandages.
Un plongeon dans le vide
Une autre fois, par un jour de grande pluie, on s'amusait à sauter du haut d'un plateau de 40 pieds dans une touffe de sapins, qui absorbaient notre chute environ 15 pieds plus bas, et on rebondissait d'arbre en arbre jusqu'à ce qu'on touche le sol.
Encore une fois, Guy, avec sa témérité légendaire, nous lance un: "Attendez voir!" Il avait décidé de nous en mettre plein la vue avec un exploit inédit. Mais en plongeant, il rate l'arbre, tente de l'accrocher par le bout qui lui reste dans les mains et fait une chute d'environ 40 pieds. Encore là, on était morts de rire. On lui a crié de se relever et de ne pas faire la mémère. On croyait qu'il était tombé sur un coussin de mousse, mais non! Il s'était écrasé sur une souche d'arbre. Il était à la limite entre le rire et les larmes, et pour cause: il venait de se fracturer le poignet. Guy a toujours eu le don de vouloir dépasser ses limites et de se donner des défis plus grands que les autres.
Des épaules en acier inoxydable
Il a aussi développé une tolérance à la souffrance hors du commun. J'ai l'impression que, face à la douleur, il est capable de s'observer de l'extérieur de son corps. Il se regarde froidement et constate simplement: "Ouais! Ça fait mal." Pendant ses années junior, Guy avait toujours les épaules disloquées. Il lui arrivait souvent de revenir au banc des joueurs avec une épaule plus basse que l'autre et de la replacer comme si de rien n'était. Finalement, il a dû se faire opérer: les médecins ont relié ses os avec de l'acier inoxydable.
Un grand talent pour les sports
Guy peut être bien enrageant par moments, surtout quand il se mesure à toi dans un sport. Tu peux jouer au ping-pong depuis trois ans tous les jours quand, tout d'un coup, il vient jouer avec toi pour la première fois: le premier match finissant serré, il réussit à te donner une bonne frousse et, dès le deuxième, il te bat. C'est frustrant. Je me souviens d'un jour, quand il avait environ 12 ans On jouait au soccer et, un peu plus loin, deux gars s'entraînaient au saut à la perche. De temps en temps, Guy jetait un coup d'oeil dans leur direction: il était intrigué de les voir faire. Il s'est finalement approché d'eux pour essayer. Deux semaines plus tard, il a participé aux qualifications pour aller à des championnats régionaux et il a battu les deux gars qui s'entraînaient depuis des mois. Ça peut être bien épuisant d'être en compétition contre lui!
Un gars qui connaît ses priorités
Guy sait parfaitement ce qui'il aime et ce qu'il n'aime pas. Il accepte très bien d'être abordé par les gens quand il sent leur sincérité, mais il déteste par-dessus tout les achalants qui veulent juste profiter de sa renommée. S'il sent que ce n'est pas sincère, tu auras beau lui offrir la lune, il va quand même se tenir loin de toi. Par contre, si tu le respectes, il va te laisser beaucoup de liberté pour aller et venir dans son monde. Il n'est pas très bavard, mais il répond toujours aux questions. Si tu veux entrer dans son monde, ça lui fait plaisir de t'accuellir; mais pour qu'il vienne dans le tien, il faut l'inviter et lui tirer las corde un peu.
Notre relation
Elle est basée sur le respect mutuel. Et ça nous vient de notre père. On est avant tout les fils de Charles-Aimé Carbonneau. Un homme respecté sur la Côte-Nord. Depuis toujours, il nous a inculqué le respect de soi et des autres. Entre Guy et moi, cette relation est fondamentale. Ce qui ne nous empêche pas d'avoir des mises au point animées de temps à autre. Je suis plus extraverti que lui, j'ai un caractère plus bouillant que j'arrive moins bien à maîtriser. Guy est aussi très généreux. Il faut le connaître. Il est réservé, il aime la paix, mais il répond rapidement à une demande d'aide sincère. Tous ceux qui le connaissent l'aiment à 100 milles à l'heure!
Une belle histoire d'amour
Sans Ligne et les enfants, je ne sais pas ce qu'il serait. Il ne serait certainement pas devenu ce qu'il est aujourd'hui. Line est une femme super. Elle a de la discipline, un sens du devoir bien fait et de la rigueur. Pour utiliser une image, je dirais que Ligne tient la boussole. Elle sait où se trouve le nord et les limites à respecter. Après la "mésaventure du doigt", elle était furieuse; elle peut parler à Guy avec autorité. Ils un immense respect mutuel.
Je peux dire qu'à certain égards j'envie mon frère pour son succès, son courage, son aisance matérielleje sais par ailleurs qu'il aimerait être aussi volubile que moi et jouir de ma liberté de mouvementmais, au fond, ce que j'envie le plus à Guyet ça me réjouit à la foisç'a été de le voir réussir aussi bien sa carrière que sa vie familiale.