|
La Saison 9: 1984-85 |
|
Je sais que ce texte devait
être consacré à la saison 1984-85, mais jai
écrit à partir du présent. Ne vous en faites
pas, très bientôt vous allez comprendre pourquoi
cette saison dans la carrière de Carbonneau voulait dire
autant pour moi.
Mercredi, le 20 octobre 1999, 5h30. Jétais assise devant mon ordinateur comme je le fais à chaque matin. Ce jour particulier, mon tout-nouveau chandail porté par Carbonneau que javais acheté était en dehors de son lieu de rangement. Alors, je décidai de le mettre par-dessus mon tee-shirt pour me garder au chaud, et je repliai mes jambes sous la chaise. Alors que jattendais que mon ordinateur atteigne Windows, jai pris le calendrier de la saison des Canadiens en 1984-85 que je conservais sur une étagère afin de voir ce que mon chandail vieux de quinze ans avait fait en ce jour dans lhistoire.
Chose intéressante, le 20 octobre 1984, il joua contre les North Stars du Minnesota. Cétait un peu avant que Modano joigne léquipe.
Lordinateur était maintenant prêt; je téléchargeai tout dabord les nouveaux courriels. Il y avait une réponse dun admirateur de Carbonneau, Richard Portelance, avec qui javais déjà discuté de mes achats récents. Richard ma écrit que cétait bien vrai, mon chandail a été le seul que Guy a porté cette saison-là à domicile, et il ne fut plus utilisé par la suite, ce qui représentait ainsi près de 40 parties. «Il y avait une tradition selon laquelle un nouveau chandail représentait la chance pour la nouvelle saison», me raconta Richard.
Il était difficile de croire que ce vêtement prequen lambeaux était si prestigieux, un symbole de la «chance pour la nouvelle saison». Je ne laurais pas voulu en cette condition, évidemment. Le tissu blanc frais comme la neige du Québec, les manches en bon état, les mailles en parfait état, excepté pour le «1» sur la manche droite, qui était placé un peu trop en bas. Un beau chandail, presque impeccable, de lillustre club de hockey Les Canadiens de Montréal, avec lemblème de leur jeune et talentueux joueur de centre. Mais je ne laurais pas voulu ainsi à ce moment.
Une journée auparavant, je lisais un message sur un forum à propos de chandails déjà portés. Un visiteur demanda pourquoi des collectionneurs fou voudraient payer des centaines de dollars pour de vieux uniformes à moitié en lambeaux alors quil est possible den avoir un neuf avec le numéro de votre joueur favori pour beaucoup moins. Les réponses à ce message exprimaient de la consternation. Nétait-ce pas évident? Quest-ce qui peut avoir plus de valeur artistique quun chandail ayant été porté durant une partie?
Mon chandail
avait 96 marques de rondelles et de bâtons, 33 éraflures
de rampes, 62 réparations effectuées par léquipe
et 16 trous. Sil y avait un moyen de savoir, jaimerais
être en mesure de connaître les causes de chaque défaut.
Mais cest déjà assez pour savoir que Guy Carbonneau
a reçu ces blessures en prenant des mises en jeu, en mettant
en échec des adversaires, en jouant le désavantage
numérique, en marquant des buts et en gagnant des parties
au Forum de Montréal.
Alors je me suis assise à cet endroit, devant mon ordinateur, dans la position que je trouve la plus confortable, lisant les journaux du Texas sur internet, comme je le fais toutes les matinées. Jallai lire le Fort Worth Star-Telegram... Jennifer Floyd avait réalisé une entrevue avec Carbo! Mes yeux dévoraient littéralement les mots et sarrêtèrent net à ceux-ci:
«Il a dit que cette saison serait sa dernière.»
Ce nétait pas une surprise, mais imaginer le quotidien de la LNH sans Carbonneau ma soudainement frappé en pleine face. Les parties quil lui restaient à disputer étaient sans doute comptées et étaient probablement maintenant dans les deux chiffres... Et même si je me suis réconfortée avec la conviction que certaines équipes voudraient lavoir comme entraîneur, quil pourrait décrocher un emploi à la hauteur de son talent, quil pourrait devenir un Scotty Bowman de sa génération et ajouter dautres bagues de la coupe Stanley à ses doigts, il ny a aucune garantie. En fait, Guy pourrait manquer plus au hockey que le hockey à Guy et ce pourrait bien être la dernière année que je lis ses mots dans le journal du matin.
Lorsque jeus terminé de me servir de mon PC et quil était temps que je parte, jaccrochit le chandail à sa place, dans son étui. Ce fut avec plus de reconnaissance que jamais quil était arrivé dans mes mains. Je ne voudrai jamais me débarrasser de ce que Guy Carbonneau nous a donné durant toutes ces années sur la glace, Il sera toujours ici, dans mon salon.
Certainement, il y aura dautres jeunes joueurs qui ne feront que commencer leur carrière comme le chandail propre que portait Guy au premier jou de la saison 84-85.
Mais comme
je lai dit, je les préfères vieux et usés.
Voyez aussi: Le Nez (de notre section «les faits obscurs»)
Ressources:
"Stars depending on that old Guy," par Jennifer Floyd,
Fort Worth Star-Telegram, 20 octobre 1999
|
![]() Page principale de Rétro Carbonneau |