Retro Carbonneau

 La Saison 11: 1986-87  



Guy Carbonneau: Au centre de défis

—par Mario Fortier, Les Canadiens, dec. 1986/jan. 1987,



Une bague de la Coupe Stanley pleinement méritée. Depuis son arrivée avec les Canadiens, Guy Carbonneau s’est avéré l’un des meilleurs joueurs du circuit tant par la qualité de son jeu défensif que par le sang-froid dont il fait preuve.

Shot blockQuelques temps avant le début de la présente saison, un journaliste demandait au directeur gérant des Canadiens, Serge Savard, s’il avait l’intention d’acquérir Gilbert Perreault, l’excellent joueur de centre des Sabres de Buffalo.

«Je ne peux pas faire ça, répondit Savard. Je ne peux pas prendre ce risque. Qu’arriverait-il si les Sabres voulaient Guy Carbonneau en compensation et qu’un arbitre le leur accorde?»

De nombreuses équipes auraient sûrement fait des pieds et des mains pour acquérir Perreault, ne fut-ce que pour une seule saison. Toutefois pas les Canadiens, s’il y avait le moindre risque que l’on puisse perdre Carbonneau en cours de route. En aucun cas.

Le manque d’intérêt de Savard pour Perreault est en fait très élogieux pour un joueur qui, au cours de quatre saisons avec les Canadiens ne peut faire état que d’une seule saison de 24 buts. Malgré tout, Savard, qui tient les cordons de la bourse, est tout prêt à admettre que Carbonneau est l’un des meilleurs joueurs de l’organisation, un joueur qu’il ne veut pas risquer de perdre pour quelque raison que ce soit.

«Si l’on considère un joueur comme Carbonneau, nous dit Savard, il faut comprendre qu’il joue toujours contre les meilleurs trios de la Ligue. Ce n’est pas un joueur qui peut vous donner 40 buts par saison, mais comment le pourrait-il dans son rôle actuel? Lorsqu’un joueur joue tout le temps à la défensive, it n’est pas très à même de marquer des buts à moins de créer des occasions d’attaquer avec de bons jeux défensifs.»

Plusieurs personnes dans le monde du hockey, et Carbonneau lui-même, ont avancé qu’il lui serait très facile d’inscrire 40 buts par saison s’il faisait partie d’un trio offensif.

«Je ne joue jamais lors d’un avantage numérique, nous dit Carbonneau. Je ne suis jamais employé dans un rôle offensif. Personne ne marquera 40 buts s’il ne fait pas partie, de façon régulière, de l’attaque à cinq.»

Ce que Carbonneau veut réellement nous dire, c’est qu’il aimerait qu’on lui donne l’occasion de jouer à l’attaque, bien qu’il aime également le rôle qu’il a tenu dans l’équipe jusqu’ici.

«Il se pourrait bien qu’il marque 40 buts s’il jouait avec certains gars comme, disons, Claude Lemieux et Mats Naslund, nous dit Savard, mais à quel prix pour l’équipe! Je sais bien que certains membres de notre organisation pensent que Carbonneau pourrait jouer à l’attaque, qu’il pourrait jouer à l’attaque, qu’il pourrait marquer beaucoup de buts, et que d’autres pensent le contraire. Pour ma part, je crois qu’il est plus utile à l’équipe dans son rôle actuel.»

«Je suis un admirateur de Carbonneau et je l’apprécie beaucoup, ajoute Savard. Si nous devions le faire passer de la défense à l’attaque, qui pourrait le remplacer?»

Cette question n’est pas déraisonnable, et puisqu’il la pose, la réponse la plus plausible c’est que personne ne pourrait remplacer Carbonneau dans le rôle qui lui a permis de se hisser au premier rang des joueurs de la Ligue nationale–tout particulièrement cette saison, étant donné la blessure à Bob Gainey.

Ce qui fait la force d’un joueur défensif c’est la confiance en soi, et ce n’est pas ce qui manque à
Carbonneau–surtout, comme le fait remarquer Savard, parce qu’il joue contre les meilleurs joueurs de centre de la Ligue.

Il ne s’agit pas d’une situation occasionnelle, c’est l’histoire habituelle. Si les Canadiens affrontent les Nordiques de Québec, Peter Stastny sera son homme.

S’il s’agit des Oilers d’Edmonton, c’est Wayne Gretzky qui aura l’honneur.

Les Penguins de Pittsburgh? Ce sera Mario Lemieux.

«J’aime le défi, nous dit Carbonneau. Voilà des joueurs qui ont quelque chose à vous apprendre chaque fois que vous jouez contre eux. Comme it ne faut rien prendre pour acquis, j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’important pour moi-même et pour l’équipe chaque fois que je réussis à empêcher Stastny, Gretzky ou Lemieux de compter un but.»


On the bench«Malgré tout, dit-il, il serait tout à fait normal que je me croise les bras en ne pensant pas à autre chose qu’à jouer sur un trio offensif. Là aussi il y a beaucoup de satisfaction à tirer. J’ai marqué plusieurs buts lorsque je jouais dans la ligue junior et il m’arrive de penser que ce serait bien agréable d’avoir la chance de faire la même chose dans la LNH. Mais ce n’est pas quelque chose qui me tracasse ou qui m’empêche de dormir. Ce qui est important c’est de faire sa part, peu importe comment, et si l’on fait de son mieux, on est récompensé. Comme l’an dernier, par exemple.»

Carbonneau n’exagère pas lorsqu’il se rappelle avec satsifaction ses états de service avec les Saguenéens de Chicoutimi, un exploit qui incita les Canadiens à le considèrer comme leur quatrième choix au repêchage de 1979.

Assez étrangement, Carbonneau a dû faire ses preuves avec deux ans en Nouvelle-Écosse, en grande partie parce que les Canadiens venaient de remporter la Coupe Stanley quatre saisons de suite l’année où il fut repêché, et que pour les dirigeants des Canadiens des changements ne s’imposaient pas à ce moment-là.

Carbonneau arrive au jeu fort bien équipé. Il est rapide et fuyant, deux qualités de première importance pour un joueur dont la principale activité consiste à tenir en échec les meilleurs joueurs de la Ligue, et cela bien souvent en désavantage numérique. Il est agressif quand il doit l’être et est toujours prêt à lancer dès qu’il en a l’occasion.

Par exemple, lorsque les Canadiens affrontaient les Rangers au Forum, en début de saison, Carbonneau marqua le premier but alors que les deux équipes étaient à armes égales et il fit une passe qui contribua à un but en désavantage numérique.

Par la suite en troisième période, et devant la tenue exceptionnelle du gardien de buts des Rangers, Doug Soetaert, Carbonneau et ses amis se débattirent pour marquer le but égalisateur. La rondelle jaillit à la droite de Soetaert, à une quinzaine de pieds d’où il se trouvait, et à la hauteur de la taille. Carbonneau, brandissant son bâton de toutes ses forces, attrapa la rondelle avec le manche de son hockey et la catapulta derrière un Soetaert ahuri.

Lorsque plus tard les deux équipes en furent arrivées à un match nul de 3-3, Soetaert secoua la tête tristement.

«Seul un gars comme Guy Carbonneau pouvait lancer d’où il se trouvait, dit-il, et seul Carbonneau pouvait compter d’où il se trouvait. Ce type peut réussir des trucs que personne dans la Ligue n’arriverait à faire.»

De nombreux joueurs des équipes adverses parlent de Carbonneau depuis longtemps dans ces mêmes terms, y comprix ceux qui ont eu à faire face à son caractère passionné.

«On encaisse bien des coups quand on joue contre les meilleurs joueurs, dit Carbonneau. Ils n’aiment pas qu l’échec-avant devienne trop serré, et les gars de leur équipe non plus. Donc, c’est moi qui mange les coups de temps à autre, et lorsque ça se produit, c’est normal que je réagisse.»

Il n’y a pas de doute que Carbonneau est devenu, à sa cinquième saison, l’un des meilleurs, sinon le meilleur jouer à deux sens de la LNH. Quel rang cela lui rapporter-t-il dans l’ènsemble des joueurs de la Ligue, c’est aux directeurs gérants et aux entraîneurs d’en décider. Serge Savard a refusé galamment de faire partie du jury.

«Je me suis promis, il y a longtemps, de ne jamais accoler un numéro à un joueur, nous dit Savard. C’est-à-dire que je n’aime pas dire qu’un joueur se range parmi les dix ou quinze meilleurs de la Ligue parce que je sais par expérience que les joueurs conservent leurs coupures de presse. Ainsi, si je parle d’un joueur comme faisant partie des quinze meilleurs, il est à parier qu’au moment de négocier un nouveau contrat, il exigera d’être payé comme le quinzième meilleur joueur de la Ligue.»

 

Ressources:

"Who is Guy Carbonneau?", par Glenn Cole, Goal, février 1987
Les Canadiens, dec. 1986/jan. 1987

Statistiques de l’année:
 Événements:
Saison régulière
PJ B A Pts Pun
79 18 27 45 68
Séries éliminatoires
PJ B A Pts Pun
17 3 8 11 20

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Cette page fut traduite par Louis Préfontaine.