Retro Carbonneau

 La Saison 13: 1988-89  



Carbonneau v. Bourque: Face à Face
par Jean Gagnon
avril/mai 1989 Les Canadiens (extrait)

Prenez une série entre Canadiens et Bruins. Pour l’emporter, la troupe de Pat Burns doit neutraliser un homme en particulier, Raymond Bourque. Facile à dire! Bourque, lui, pour aider le siens, essaie de s’éloigner le plus possible d’un homme, Guy Carbonneau. Pas si simple non plus! Voilà donc un duel entre deux talents naturels, deux athlètes qui ne font pas de quartier sur la glace, deux phénomènes qui se vouent un respect mutuel.

v. Bruins«Au cours des ans, Bourque a prouvé qu’il est un des deux ou trois...sinon le meilleur défenseur du circuit, nous det Carbonneau. C’est un joueur capable de contrôler le match, comme Coffey, Gretzky et Lemieux. Il peut ralentire ou accélére le déroulement d’une rencontre, selon que son équipe domine or tire de l’arrière. Bourque se sert bien de son physique imposant, c’est un bon passeur, il a un tir précis et il excelle en défensive. Bref, il a tout,» conclut Carbonneau. Ouf!

Beaucoup moins volubile, Bourque, mais tout aussi flatteur: «Carbonneau, dit-il, et un joueur très important au sein d’un équipe, bien plus que les gens ne l’imaginent. C’est très frustrant de jouer contre quelqu’un capable de nous neutraliser comme il le fait.»

Bourque n’apprécie pourtant pas tout chez Carbonneau: «Il parle beaucoup sur la glace. Il est si confiant qu’il semble parfois...presque arrogant. Cela peut devenir assommant. Mais je dois avouer que c’est son jeu qui m’embête le plus.»

Normalement, Carbonneau doit contenir le meilleur attaquant adverse. C’est à lui d’arrêter Denis Savard entre deux pirouettes, de voir à ce que Wayne Gretzky n’alimente pas ses ailiers, ou même de voir à déconcentrer Peter Stastny. Quand Steve Yzerman est sur la glace, Carbonneau n’est jamais loin.

Mais contre les Bruins, il doit neutraliser un défenseur, Raymond Bourque. «C’est tout différent, nous dit Guy Carbonneau. Jouer contre les Bruins et Bourque, Pittsburgh et Coffey, ou encore Calgary et Gary Suter, cela signifie affronter des équipes qui alignent un défenseur mobile, rapide, capable de monter la rondelle. Il faut arrêter ces défenseurs le plus tôt possible, derrière leur filet de préférence, sinon ils ont le don de semer leurs adversaires.

Il faut surtout faire en sore de ne pas les laisser attirer deux ou trois joueurs vers eux.»

DrinkingHabitué à faire face aux meilleurs centres adverses, est-ce plus difficile pour Carbonneau de couvrir un défenseur comme Bourque? «Pas vraiment. Je suis souvent le troisième homme dans le territoire adverse et je réagis selon ce que font me deux ailiers. Ce n’est pas comme surveiller un attaquant qui peut être partout sur la glace. Bourque, lui, est toujours face à moi, c’est lui qui doit amorcer le jeu.»

Le joueur étoile des Bruins explique sa façon de voir: «Si tu opposes un avant à un défenseur, ce dernier a de bonnes chances d’en sortier gagnant. Il peut l’éliminer du jeu, l’attirer puis faire une longue passe un peu comme le fait Petr Svoboda pour les Canadiens. Habituellement, mes adversaires préconisent une stratégie collective pour me contrer. Mais Carbonneau, c’est surtout en zone offensive qu’il me gêne. Il est tout le temps dans mes jambes. Il est brave aussi. Il se jetter constamment devant les tirs, sans jamais se faire blesser sérieusement. Il faut être un peu fou. J’aimerais savoir comment il fait.»

Cette réponse de Bourque fait sourire Carbonneau: «Le temps bâtit les réputations. Tout le monde sait que je m’élance souvent sur la glace pour bloquer la rondelle. Aujourd’hui, les défenseurs hésitent avant de décocher un tir, ils y pensent à deux fois, ce qui me permet de gagner une fraction de seconde. En ce qui concerne les risques de blessures, je n’y pense même pas.»

Comme le disait Bourque, il faut quand même être un peu fou pour se jeter devant les boulets de canon des Al MacInnis et compagnie, non? «Absolument pas, réplique Carbonneau. Si j’ai un bon synchronisme, c’est justement parce que je ne regarde pas qui tire au but, je me concentre plutôt sur la rondelle.» Les plongeons de Carbonneau on lieu surtout lorsque les Canadiens sont en désavantage numérique, ce qui dérange Raymond Bourque. «Il faut absolument éloigner la rondelle de Carbonneau lors des attaques massives. C’est le joueur qui me cause le plus d’ennuis.»

SelkeEt Raymond Bourque d’ajouter: «Chaque fois que je m’élance pour tirer au but, je l’aperçois du coin de l’oeil prêt à prendre son envol, et la plupart du temps, la rondelle ne se rend pas au but. J’en suis rendu au point où je ne veux plus décocher de tir, je sais qu’il l’arrêtera. Je cherche plutôt à refiler la rondelle à un coéquipier.»

Si Carbonneau se tient si près de Bourque lors des unités spéciales, C’est qu’il connaît la valeur de son tir: À la fin de la saison, Bourque termine toujours parmi les trois premiers au chapitre des tirs au but. Il n’essaie jamais d’enfoncer le gardien, mais se concentre à viser le filet. Les chances de marquer grâce à un retour sont donc excellentes.»

Bourque ne voit pas en Carbonneau qu’un simple kamikaze. Selon lui, son rival possède un grand talent offensif. «Même si Carbonneau est très fier de son jeu défensif, il peut faire mal en attaque. Dans notre territoire, il ne faut pas s’endormir s’il a la rondelle. Celui qui ne le prend pas au sérieux se fait passer le disque entre les jambes et...c’est le but. Il faut le surveiller de près: il est rapids, a des mains habiles et, qualité rare de nos jours, peut décocher un tir du poignet ou du revers sans avertissment. Quand quelqu’un possède tous ces atouts, on peut parler de joueur complet.»

Non seulement Carbonneau peut contrer individuellement les meilleurs joueurs d’un équipe, dit Bourque, mais il peut neutraliser le jeu d’ensemble d’une formation. Grâce à son étonnant sens d’anticipation, Carbonneau est un des rares joueurs défensifs capables de contrôler un match de hockey. Combien de joueurs défensifs entendent leur nom scandé par des milliers de partisans lors d’une rencontre? Même si je n’aime pas l’avouer, je connais peu de joueurs dans les annales qui lui soient comparables en défensive.»


Ressources:

Les Canadiens, jan./fév. 1989
Les Canadiens, avr./mai 1989
Les Canadiens, sept./oct. 1989

Statistiques de l’année:
 Événements:
Saison régulière
PJ B A Pts Pun
79 26 30 56 44
Séries éliminatoires
PJ B A Pts Pun
21 4 5 9 10

 

  • 10de ses 26 buts furent des buts gagnants
  • Les Canadiens furent les champions de la Conférence de l’est (Prince-de-Galles); ils ont perdu en finale en six parties contre Calgary
  • Il gagna son second trophée Selke
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Cette page fut traduite par Louis Préfontaine.