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La Saison 16: 1991-92 |
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Le médecin de léquipe
à Montréal, Gaétan Lefebvre, a dit une fois
de Carbonneau: «Cest un vrai.»
Nous parlons ici de quelque chose qui inclut les prouesses physiques et le caractère psychologique, le corps et lesprit, et il sagit de quelque chose quun réel héros du hockey doit avoir.
Lefebvre faisait référence principalement au seuil de douleur de Carbo, qui fut reconnu en 1991-92, un peu comme le fut Bob Gainey, lancien capitaine. Jusquà cette saison, Guy navait perdu pas plus de trois parties dans une saison. Son abileté à jouer avec la douleur remonte certainement à ses années dans le junior, alors quil avait une propension àse disloquer ses épaules. Guy retournait aux bancs quelques fois avec une épaule plus basse que lautre, et il allait remettre les os en place lui-même, prêt à retourner sur la glace à son tour. Avant de jouer professionnel, il a eut une opération chirurgicale sur les deux épaules pour connecter ses os avec de lacier inoxydable. Le frère de Guy, Denis, a dit une fois, en entrevue: «Jai limpression que, face à la douleur, il est capable de sobserver de lextérieur de son corps. Il se regarde froidement et constate simplement, Ouais! Ça fait mal.»
La capacité dignorer la douleur contribue au courage de Carbonneau sur la glace, particulièrement sa volonté de bloquer les lancers. Son coéquipier, Brent Gilchrist, a déjà dit à propos de lui: «Carbonneau est le meilleur attaquant bloqueur de lancer du jeu aujourdhui, et peut-être même de tout les temps.» Raymond Bourque dit également: «Même sil nest pas là, tu ferais mieux de le chercher des yeux. Tout semble le toucher. Il na pas de peur.» Carbo refuse de se vanter: «Il sagit simplement de synchronisme et on ne peut pas avoir peur de la rondelle. Jessaie de faire face au joueur qui lance tout le temps. Quelques joueurs ont peur et senlèvent de là et se blessent.» À la différence de son ami Craig Ludwig, qui est devenu fameux pour ses jambières gigantesques, le seul équipement spécial qua vêtu Carbonneau fut un petit rabattement qui couvre le haut de ses patins. «Je nai jamais eu de blessure sérieuse en bloquant un lancer», a-til dit. «Jai été touché à la cheville et aux pieds. Tu peux te faire toucher à lextérieur du pied et ça fait énormément mal et ça peut même enfler, mais je nai jamais été blessé assez pour manquer un match.»
Ce nest
pas tant que Guy ne ressent pas la douleur; cest plutôt
quil ne croit pas que cela devrait influencer son jeu. Jai
vu cela de mes propres yeux durant les séries éliminatoires
en 1999 alors que le patin de Dale Hunter a touché la mollet
de Carbonneau. Langoisse dans la face de Guy était
tout à fait perceptible alors quil saccrochait
à la jambe de Dave Surprenant, des Stars. Malgré
tout, il était de retour à la période suivante,
dans une forme perfecte. Après un match de séries
éliminatoires en 1991, Guy parla à des journalistes
sans une dent et avec un sac de glace sur son pied et dans son
dos. Son commentaire sur sa condition dut plutôt terre-à-terre:
«Tout le monde passe par le même chemin en séries
éliminatoires.» Après que les Canadiens furent
éliminés par Boston, Mario Tremblay, ancien joueur
de léquipe devenu commentateur, décrivait
le capitaine en ces mots: «Il avait lair de sortir
dun fourneau à viande après ce dernier match.
Sa face était enflée et couverte de cicatrices,
son corps était plein decchymoses. Alors que je le
regardais sen aller à la douche, je me dis à
moi-même quil représente ce pour quoi les Canadiens
ont été reconnus: détermination, courage
et fierté. Où seraient les Canadiens sans Carbonneau?»
Tremblay
touche ci-haut la connection entre le courage physique et spirituel.
Aucun doute quil sagit de la même force de caractère
qui rend Guy capable de jouer avec la douleur, ce qui en fait
un meneur sur la glace et en-dehors. Même Wayne Gretzky
a déjà exprimé son admiration pour son adversaire:
«Je suis heureux de navoir à affronter Carbonneau
quà trois reprises dans la saison. Dailleurs
cest trois fois de trop. Il faut être sur la glace
face à lui pour se rendre compte à quel point il
est efficace, combattif et surtout talentueux. Il se donne corps
et âme à la cause de son équipe.»
Il est important de noter que Carbonneau avait à jouer rudement en même temps quil avait le plus grand respect pour ses adversaires. À la connaissance de lauteure, les seules blessures quil a infligées à dautres joueurs étaient accidentelles. Par exemple, une fois il a ouvert la porte du banc des pénalités et Bryan Marchment (ironiquement) est entré en collision avec celle-ci. Carbonneau est lexemple ultime dun joueur de hockey pouvant être solide, physique et même bouillonnant sans pour autant causer de blessures aux autres. En fait, plusieurs joueurs «salauds» le provoquaient et le forçait même quelques fois à se plaindre aux autorités de la ligue. Il la fait après les séries éliminatoires de 1991 en regard dun double-échec effectué par Craig Muni, dEdmonton, sur un joueur des Kings de Los Angeles. Carbo dit à la Gazette de Montréal: «Le jeu est déjà assez rude comme cela sans que des joueurs tentent délibérément de blesser dautres joueurs. Si il désire se tenir debout et frapper quelquun avec son épaule, cest correct. Mais ce gars en avait contre les genoux de ses adversaires. Il essayait de terminer la carrière dun gars.» Une telle attitude parmi des joueurs est certainement intolérable pour Carbonneau, lui qui fut poussé par son éducation à croire que le respect mutuel est essentiel.
Son intérêt
pour la protection de la santé et la sécurité
des autres joueurs rencontre son intérêt à
faire des sacrifices avec son propre corps pour son équipe.
En fait, lintensité est à peu près
tout ce quest Carbonneau. En 1992 il a écrit un texte
sur le sujet pour Les Canadiens, dans lequel il a dit:
«Par définition, lintensité représente un degré dactivité, dénergie et de puissance. Ces éléments décrivent bien leffort déployé par un athlète professionel pour atteindre les objectifs quil sest fixé tant au niveau individuel que collectif.
«Il ne faudrait pas se méprendre en pensant que le degré dintensité varie selon quil sagisse de la saison régulière ou des séries éliminatoires. Lintensité est tout aussi omniprèsente et on peut être certain que tous les joueurs se donnent au maximum. Il est vrai que les éliminatoires, dû à la nature des enjeux, appartent une certaine pression, mais celle-ci sestompe rapidement dès que le match débute. En fin de compte, cest le matche que détermine lintensité, et les éliminatoires, avec le jeu corsé quelles offrent généralement, qu donnent le ton. On ne parlera pas dintensité dans un match de 10-0. Par contre, ce sera le mot clé après une victoire par la marge dun but!
«Pour moi, cela se résume à jouer comme jen suis capable, le reste viendra tout seul. Cest la loi de la nature!»
Voilà
ce qui sappelle parler comme un «vrai».
Ressources:
"Defensive Specialist is Source of Strength for Habs,"
Chris Stevenson, Inside Hockey, 1991
"La petite histoire de mon frère Guy," Denis
Carbonneau avec Jean Bouchard, Montreal 7 Jours, 30 dec.
1995
"Gretzky vs. Carbonneau," Les Canadiens, 1990-91,
Issue 5
Les Canadiens, 1992-93, Issue 4
"Game of Intensity," Guy Carbonneau, Les Canadiens,
1991-92, Issue 6
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