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La peau de Carbo...

par Michel Blanchard pour La Presse, 20 janvier 2001

Dans le petit monde super aseptisé du Canadien de l’époque, il fallait un gars drôlement solide pour mener sa vie comme il l’a fait.

Tellement solide, qu’à son arrivée dans la Ligue nationale, il y a tout près de 20 ans (1982-1983), celui que Ken Hitchcock a surnommé «le Wayne Gretzky défensif du hockey» s’est fait traiter de p’tit arrogant par Mario Tremblay (entres autres joueurs) et a maintes fois eu maille à partir avec la direction.

Il y a 20 ans, j’écrivais qu’il serait bon de lui ficher la paix et de le laisser continuer de jouer comme un dieu.

Guy Carbonneau, le petit gars de Sept-Îles, aujourd’hui assistant entraîneur du Canadien, se souvient très bien.

«Ce n’était pas de l’arrogance, c’était de la confiance. Quand je discute hockey, je sais ce dont je parle et je suis sûr de ce que j’avance. C’est comme ça. Mais à l’époque, un petit nouveau qui arrivait chez le Canadien devait prendre son trou et attendre quelques années avant de dire ce qu’il pensait. Moi, ça n’a jamais été mon genre.

«Comme ce n’était pas mon genre de me cacher quand j’avais le goût de prendre une bière ou d’amener mes enfants manger dans un McDo. C’est un peu pour cette raison que je me suis toujours senti très à l’aise à Montréal. La pression exercée par les médias ou le public, de par ma nature, je ne l’ai jamais vraiment ressentie.

«Un jour, John McEnroe a déclaré que, peu importe ce qu’il allait dire ou faire, 50% des gens seraient toujours en désaccords avec lui. Il a raison. Alors, à quoi sert de ne pas dire ce que l’on pense. Moi, je n’ai jamais rien eu à cacher».

Carbo, semble bien dans sa peau.

Relax, sûr de lui, serein, le futur entraîneur-chef du Canadien comme le pensent plusieurs—dans deux ans, trois ans, dix ans, peu importe—hausse les épaules quand on lui parle de son avenir.

«Je n’ai pas de plan de carrière et je n’en ai jamais eu. Quand je jouais, ce n’était pas les buts, les passes ou d’obtenir le trophée Frank Selke (remis au meilleur joueur défensif de la ligue) qui me préoccupaient. Moi, ce que je voulais, c’était de gagner des matches et une coupe Stanley à la fin de l’année.

«Ici, il n’y a pas de «power trip» et le Canadien n’est pas un «one man show». Michel, Rick et moi discutons ensemble de stratégies et les choses roulent bien. Plus une organisation compte de bons hommes, meilleurs sont les résultats».

* * *

La première modification majeure apportée par Carbo et Therrien (Rick Green n’avait pas encore été embauché), ça été de changer le système de jeu préconisé par Alain Vigneault en zone défensive.

«Le Canadien adoptait sous Vigneault une défensive homme pour homme et nous avons décidé d’employer une défensive de zone. La défensive homme pour homme n’est à toutes fins utiles plus utilisée de nos jours».

Carbo a raison. Au fait, la défensive de zone est tellement efficace qu’au basketball, par exemple, elle a été interdite. Tant et aussi longtemps que le hockey ne sévira pas contre les équipes qui la pratiquent, les entraîneurs seraient bien fous de s’en écarter.

Une défensive de zone implique que chaque joueur a un territoire à couvrir. Mais attention, tous les territoires s’entrecroisent. Chacun a donc par exemple une partie de l’enclave à défendre.

«En plus, dit Carbo, il y a toujours quelqu’un pour protéger le devant du filet. Si un joueur commet une erreur, il s’en trouve toujours un capable de venir à sa rescousse».

Therrien, Carbo et Green ne sont pas toujours sur la même longueur d’ondes. Forcément. Therrien, par exemple, tient mordicus à sa façon de faire quand une mise en jeu s’effectue en zone offensive. La stratégie employée quand son équipe profite d’un surnombre est en bonne partie aussi celle de Therrien.

Mais en ce qui a trait à la façon de préparer les joueurs, à la façon de sévir, de convaincre les jeunes à travailler sans relâche, Carbo, comme Therrien d’ailleurs, en a fait son cheval de bataille.

«J’ai arrêté de jouer l’an passé et je connais fort bien la mentalité des joueurs d’aujourd’hui. Les nombreux joueurs blessés nous ont forcés à faire appel à de jeunes joueurs sans aucune ou presque aucune expérience de la Ligue nationale.

«Nous les avons convaincus qu’ils n’étaient pas des faire-valoir ni des bouche-trous. Que c’était à eux de nous montrer ce qu’ils avaient dans le ventre. Une chance incroyable, non? Au retour au jeu des joueurs blessés, s’ils y mettent l’effort, certains de nos jeunes vont à coup sûr demeurer avec l’équipe. Je leur demande souvent s’ils aiment mieux gagner 500000$ ou 600000$ par saison ou 75000$ à évoluer dans la Ligue américaine.

«Moi, quand je suis arrivé avec le Canadien, il m’a fallu tasser Jarvis et Risebrough. J’ai retroussé mes manches et j’y suis parvenu. À nos jeunes d’en faire autant, maintenant».

* * *

Carbo épouse en totalité le leitmotiv de Therrien: tu joues bien: tu joues; tu joues mal, tu réchauffes le banc en attendant d’aller jouer ailleurs si l’entêtement persiste.

«Tu sais, une équipe de hockey, c’est 18 joueurs. Si un des maillons de la chaîne est faible, c’est toute la chaîne qui est faible. Patrick Poulin, par exemple, a compris qu’il ne pouvait espérer demeurer avec nous s’il se contentait d’être un joueur unidimensionnel. Un joueur se doit d’être teigneux. Ne jamais reculer devant personne et remettre coup pour coup. Pas besoin de se battre pour être robuste. Quand je jouais, mes adversaires se disaient ah non! pas encore lui. Regardez les Stars, les Red Wings, les Devils, chacun, à chacune de leur présence sur la patinoire, fournit le maximum d’effort et se fait un devoir de gagner les batailles le long des rampes».

C’est le majeur droit de Carbo brandi en l’air le lendemain d’une élimination rapide face aux Bruins de Boston qui a chassé de Montréal le capitaine du Canadien.

«Quelle histoire de fou. Quand ma femme a vu ma photo à la une d’un journal, elle m’a dit qu’est-ce que t’as encore fait? Je n’avais pourtant rien fait. Nous étions à Rosemère, un club de golf privé et par trois fois nous avions demandé à un photographe de s’abstenir de prendre des photos. Au dernier trou, à 250 verges de nous, je vois un homme avec à la main ce qui me semble être une caméra. Je lui demande de déguerpir en lui faisant un doigt d’honneur. Le caméraman était un photographe et son appareil était muni d’un puissant téléobjectif. Mon geste a été interprété comme un doigt d’honneur adressé aux amateurs du Canadien, ce qui était complètement faux. J’en avais contre le journaliste et le photographe du journal en question, à personne d’autres. Une heure avant, Patrick Roy avait mis fin à une entrevue parce que le journaliste, à la troisième question, n’avait pas respecté la consigne de ne pas lui parler de notre élimination. Bon, deux mois plus tard j’étais échangé aux Blues...»

...en retour de Jim Montgomery.

Douze ans après son arrivée à Montréal, le Canadien venait finalement d’avoir la peau de Carbo.

Le Canadien devait le payer cher. Très cher...



Carbo’s Hide...

by Michel Blanchard for La Presse, January 20, 2001

In the small, super-sterilized world of the Canadiens of the time, he must have been an amazingly thick-skinned guy to conduct his life the way he did.

So thick-skinned, that upon his arrival in the NHL nearly 20 years ago (1982-1983), the man who Ken Hitchcock has called "the Wayne Gretzky defensive of hockey" was treated like a conceited punk by Mario Tremblay (among other players) and many times had conflicts with management.

20 years ago, I wrote that it would be wise to make peace with him and let him continue to play like a god.

Guy Carbonneau, the little guy from Sept-Îles, today assistant coach of the Canadiens, remembers very well.

"It wasn’t arrogance, it was confidence. When I discuss hockey, I know whereof I speak and I’m sure of what I say. It’s like that. But at the time, a little rookie who came to the Canadiens should have kept in his place and waited a few years before saying what he thought. Me, I was never that sort of guy.

"Like I wasn’t the kind to hide when I felt like having a beer or to taking my children to eat at McDonald’s. It’s a little for this reason that I always felt very at ease in Montreal. The pressure exerted by the media or the public, due to my nature, I never really felt it.

"John McEnroe said once that it didn’t matter what he said or did, 50% of people would always disagree with him. He’s right. Then, what good does it do not to say what you think. Me, I never had anything to hide."

Carbo seems to wear that tough hide well.

Relaxed, sure of himself, serene, the future head coach of the Canadiens as many think—in two years, three years, ten years, it doesn’t matter—shrugs his shoulders when you speaks to him about his future.

"I don’t have a career plan and I never did. When I played, it wasn’t goals, assists, or getting the Frank Selke Trophy (given to the league’s best defensive player) which worried me. What I wanted was to win games and a Stanley Cup at the end of the year.

"Here, there’s no ‘power trip’ and the Canadiens are not a ‘one man show.’ Michel, Rick and I discuss strategies together and things go well. The more good men in an organization, the better are the results."

* * *

First major modification made by Carbo and Therrien (Rick Green had not yet been hired) was to change the system of play used by Alain Vigneault in the defensive zone.

"Under Vigneault the Canadiens adopted a one-on-one defense and we decided to employ a zone defense. The one-on-one defense, whatever purpose it may serve, is not used much nowadays."

Carbo is right. In fact, the zone defense is so effective that in basketball, for example, it is prohibited. For as long as hockey will not prevent teams from using it, coaches would be quite insane to do anything else.

A zone defense implies that each player has a territory to cover. But look out, because all the territories intersect. Each person thus has part of the enclave to defend.

"Moreover," says Carbo, "There is always somebody to protect the front of the net. If a player makes a mistake, there is always someone there to come to his rescue."

Therrien, Carbo and Green are not always on the same wavelength. Inevitably. Therrien, for example, insists on his way of taking faceoffs in the offensive zone. The strategy employed when the team has the man advantage is also largely Therrien’s.

But as for the way to prepare players, the way to succeed, how to convince the young players to work without slacking, Carbo, like Therrien , is a war-horse.

"I stopped playing last year and I know extremely well the mentality of the players of today. Having many injured players forced us to call upon young players with no or almost no NHL experience.

"We convinced them that they were not just temporary substitutes. That it was up to them to show us what kind of guts they had. An incredible opportunity, wasn’t it? After the injured guys came back, if they put the effort at it, some of our young players undoubtedly would remain with the team. I often ask them if they prefer to earn $500,000 to $600,000 per season, or $75,000 to develop in the minors.

"Me, when I joined the Canadiens, I had to climb over Jarvis and Risebrough. I rolled up my sleeves and I did what I had to. It’s the same for young players now."

* * *

Carbo ascribes completely to Therrien’s approach: you play well: you play; you play badly, you warm the bench while waiting to go play elsewhere if the obstinacy persists.

"You know, on a hockey team there are 18 players. If one of the links is weak, the entire chain will be weak. Patrick Poulin, for example, understood that he could not hope to stay with us if he was satisfied being a one- dimensional player. A player must be nasty. He can never back off from anyone and has to give blow for blow. He doesn’t need to fight to be feared. When I played, my opponents said oh no, not him again! Look at the Stars, Red Wings, Devils, each of them, each makes their presence felt on the ice, each gives the maximum effort and makes it a duty to win the battles along the boards."

It was Carbo’s middle finger held up in the air, shortly after a fast elimination by the Boston Bruins, which drove from Montreal the captain of the Canadiens.

"What an insane story. When my wife saw my photograph in one of the newspapers, she said to me, what did you do? But I hadn’t done anything. We were at Rosemère, a private golf club, and three times we’d asked a photographer to stop taking pictures. With the last hole about 250 yards off, I see a man with what seems to be a camera in his hand. I ask him to stop by giving him the finger. The cameraman was a photographer and his apparatus was equipped with a powerful telephoto lens. My gesture was interpreted to be my giving the finger to the fans of the Canadiens, which was completely untrue. I had a problem with the journalist and the photographer of the newspaper in question, but not with anyone else. An hour beforehand, Patrick Roy had ended an interview because the journalist, with his third question, had not heeded instructions not to speak to him about our elimination. Great, two months later I was traded to the Blues…"

…in exchange for Jim Montgomery.

Twelve years after his arrival in Montreal, the Canadiens finally managed to get Carbo’s hide.

And they were going to pay dearly for it. Very dearly...

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